segunda-feira, 11 de dezembro de 2017

L’imaginaire des enfants, ici et là-bas


L’imaginaire des enfants, ici et là-bas

Ângela Lago
Paris, 2015

Je commence, tout de suite, notre échange par une histoire personnelle. Je participe, en tant qu’élève, à un atelier de traduction dans une communauté virtuelle. Récemment, l’animatrice nous a proposé la réflexion suivante : les personnages qui entourent le Petit Prince appartiennent tous au genre masculin, ce qui rend la Rose encore plus précieuse dans sa féminité. En portugais, le nom de plusieurs personnages, comme le renard, appartient au genre féminin.

Je parlais de ce sujet avec une amie, tout aussi virtuelle, et de langue espagnole, et sans m’en rendre compte je lui ai demandé s’il serait possible de traduire dans sa langue une expression nouvelle de notre poétesse Adélia Prado, « arbre gynécologique ». Il me semble étrange que cette amie fasse référence, au masculin, à un symbole aussi maternel que l’arbre. Mais elle avait des arguments plausibles pour défendre l’emploi d’un autre genre pour nomme ce végétal.


La langue est à la base de la culture humaine. Et cette simple question de genre, de noms confirme à quel point les différences entre les cultures peuvent être subtiles, sophistiquées, profondes.

J’imagine que l’étude comparative de ces nuances linguistiques est extrêmement éclairante. Par ailleurs, approfondir la connaissance des différences culturelles, à l’aide de toute méthode possible, ne peut que nous enrichir. C’est la singularité qui rend possible les rencontres qui nous changent. C’est elle qui nous fait penser et grandir.

Néanmoins, je reconnais plus facilement les similitudes que les différences. Sans doute, parce que je suis écrivaine et que je me soucie davantage des singularités que des généralisations. Au-delà des ethnies et des nationalités, c’est la personne au singulier qui trace notre humanité commune.

Même le conte folklorique, mon matériel de travail, qui devrait faire apparaître les dissemblances, me montre, au contraire, les convergences, tout en effaçant les frontières.



Prenons les apparitions. Elles sont capables de couvrir d’énormes distances. Je le sais, depuis toute petite. C’est ce que disait mon père lorsque je me plaignais de ces apparitions, dont la présence dans notre famille nous remplissait de fierté, qui étaient généralement connues dans une ville éloignée où habitait l’une de mes copines.

Je rappelle encore que nous sommes tous, adultes comme enfants, des êtres en devenir. Et aussi qu’entre les différents âges les frontières s’effacent.

La structure de l’imaginaire de l’enfant n’est pas différente de celle que nous partageons. Nous avons tous besoin de beauté et d’humour. Et nous faisons appel à la fantaisie pour structurer les anxiétés ou les désirs qui nous effrayent. C’est la raison pour laquelle les contes traditionnels folkloriques sont éternels, y compris les conte de fées, car leurs caractéristiques se ressemblent partout dans le monde Ces contes vivent encore grâce à l’intérêt qu’ils suscitent chez les personnes de tout âge.

Enfant, encore, j’ai participé aux joutes d’histoires et de chansons dans la ferme de mon grand-père, où les enfants étaient toujours les bienvenus. Tous, enfants comme adultes, étions émerveillés par les rimes spontanées qui jaillissaient lors de joutes entre les gardiens de troupeau. Enchantés et naïfs devant les histoires de toujours. Je connais ce lieu, où vivent en harmonie les animaux, les gens simples et les enfants.



J’avais peut-être six ans et j’étais encouragée à flâner seule dans les champs. Je jouissais alors d’une sensation de profonde liberté et d’un énorme plaisir dans l’exercice de la solitude et de la rêverie. Cette époque, je crois, a laissé des traces plus intenses que la vie dans les villes par lesquelles j’ai passé, au Brésil et à l’étranger. L’absence des parents, qui restaient à la maison avec les autres enfants, intensifiait mon sentiment d’autonomie. La nuit, j’allais avec mon grand-père débrancher le générateur. La lumière jaune dessinait des ombres. En débranchant les ombres, les apparitions s’en allaient. Sans l’éclairage, sans les ombres incertaines, oscillantes, nous nous rendions à l’immensité de la voûte céleste.

Cela fait un an que j’ai emménagé dans un petit village, une région splendide, mais l’une des plus pauvres du Brésil et je reconnais en moi les mêmes sentiments de l’enfance. C’est avec une joie immense que je m’assieds à nouveau auprès des gens simples et que j’écoute des histoires. Je traverse encore les champs, toute seule, et je retrouve le plaisir que l’on ne peut éprouver que dans la jouissance de la nature.
Mon imaginaire d’enfant serait-il différent de celui de maintenant ? Et après tout, que fait l’imaginaire ? La singularité de ma vie et de mes rencontres, la terre qui m’a vu naître ou celle que j’ai choisie, ma langue et celle que j’essaye d’apprendre, tout ce que je sais, tout ce que je ne sais pas, ma mémoire, mon oubli ?

« L’ici » et le « là-bas », à un moment donné, sont-ils le même endroit ?



xxx

Traduction de Lucilia Wuillaume

Révision de Virgínia Mata Machado. 

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