sábado, 4 de maio de 2013

Une cage pas si dorée….




Une cage pas si dorée….


Réaliser le premier film sur la communauté portugaise de France, c’est une chose sur laquelle peu de personnes auraient eu le cran de miser avant La Cage Dorée, surtout pour mettre en scène l’histoire d’un maçon et d’une concierge d’origine portugaise. D’ailleurs, avant même la sortie du film, les remarques ont fusé sur les réseaux sociaux, les uns fustigeant le scénario jugé trop « cliché », les autres saluant le courage et la motivation du réalisateur à parler d’une communauté invisible.
A chaud, j’ai trouvé l’histoire agréable, je me suis identifié à certains personnages, à certains passages, et j’ai ri pratiquement à chaque intervention de Chantal Lauby. J’ai même été déçu qu’elle n’apparaisse pas plus souvent. J’ai salué la prestance et le jeu d’acteur de Rita Blanco et Joaquim de Almeida, qui ont à coup sûr été concierge et maçon dans une autre vie, et le jeu sur-joué et théâtral de Maria Vieira. J’ai aussi pensé aux concierges et aux maçons qui ont vu ce film et qui ont dû l’adorer. Et rien que pour ça, ce film a le mérite d’exister.
Mais voilà, à chaud déjà, j’ai eu l’impression que ce film n’était pas fait pour être un succès français, mais bien une vitrine pour la communauté portugaise de France. Pourquoi ne pas proposer de sous-titrage en français alors qu’on est quand même en France ? (C’était le cas dans ma salle à Opéra, peut-être pas dans toutes…) Pourquoi nous imposer le plus gros cliché de la terre avec L’étrangère de Linda de Suza ? Pourquoi ce placement de produit pas du tout nécessaire pour Scovandeli, Canelas ou encore Ro et Cut ? Oui, j’ai donc eu cette impression que, pour faire plaisir à tout le monde, mais surtout aux Portugais de France, Ruben Alves est tombé dans le piège d’offrir trop d’espace à des clins d’œil communautaires seulement perceptibles aux yeux des Portugais de France. Ce qui est plutôt dangereux lorsque l’on voit le passage bien trop facile où la concierge et le maçon ont décidé de se révolter contre « leur oppresseur », le Français blindé, en devenant de mauvais travailleurs.
Oui, car ce film part aussi d’un cas bien particulier, pas du tout commun aux Franco-portugais non-Parisiens. Dans la vraie vie, et ce même si les mélanges entre personnes d’origines différentes tendent à croître, il est quand même plutôt rare que deux frères finissent par sortir avec des Français, comme si les Portugais n’étaient pas du tout communautaristes et se fondaient dans la masse dès la deuxième génération. C’est peut-être le cas pour Paris – même si j’en doute - mais pas (ou un peu moins) pour la banlieue (et la province ?).
Et puis on m’a posé la question suivante : aurais-tu aimé ce film s’il avait mis en scène des Espagnols ou des Turcs ? Et bien, à froid, j’ai répondu que je ne me serais pas déplacé pour le voir. A trop vouloir « utiliser » la communauté portugaise comme un tremplin pour atteindre le public français, on finit par ne pas aller plus loin que son cercle « guesh » et mettre sur la place publique presque une incapacité à toucher et à émouvoir les Français (et ce malgré la ribambelle de critiques positives de la part de la presse avec toujours ce même regard condescendant envers les Portugais). Pour finir sur une note positive, maintenant que ce film efficace a été réalisé, et qu’il est un véritable succès commercial, la voie est désormais libre pour que d’autres réalisateurs s’intéressent à la complexité et à la diversité des Portugais de France.
Mickaël C. de Oliveira (*)


Le générique défile, je suis perplexe : « Bof ! Pas génial, trop de clichés ! Seul un Portugais pouvait se permettre de forcer ainsi sa propre caricature ». Cependant, je sais que je n’ai pas passé un mauvais moment : c’était plein d’entrain, de bonne humeur, de soleil… mais vraiment très superficiel. Peut-être est-ce dû à ma méconnaissance du Portugal, de son histoire, des mentalités ? Ou peut-être de la langue ? Bien souvent j’ai regretté le manque de sous-titrage et les blagues qui tombent à l’eau.
Mais, 24h plus tard, j’y pense encore : les clichés sont oubliés et je me sens contente d’avoir vu ce film, d’avoir découvert un univers qui m’était inconnu. Cela ne me semble plus si superficiel, une question identitaire ne l’est jamais… le déracinement, les moqueries, le mal du pays… Et là, en tant que bretonne, je sens que je me raccroche à quelque chose qui me parle, de mille fois évoqué ; et je vois les milliers de petites bonnes débarquant à Paris dans les beaux quartiers, corvéables à merci, traitées de plouc, moquées pour leur accent et leur tournure de phrases ! Mais tout cela est du passé, les Bretonnes se sont intégrées à la capitale tout comme les Portugais se sont intégrés en France. Bref, l’échelle a changé, elle est maintenant européenne, rien de plus logique !
Du coup, il me plait ce film : certes, je suis Française, mais je m’y retrouve bien dans cette communauté portugaise, peu à l’aise à côtoyer les riches parisiens ! Donc, oui, allez voir La Cage dorée, un bon moment, pas réservé uniquement aux Portugais.

Anne-Hélène Masterman




J’ai beau ne pas être Portugaise, à l’annonce de la sortie de La Cage Dorée j’ai reçu je ne sais combien de messages bienveillants  m’informant de cette bonne nouvelle. Fascinée par cet engouement avant même que ne soit dévoilée la bande annonce, j’étais surtout ravie qu’un film sorte enfin sur une réalité muette, celle de la diaspora portugaise à Paris et de ses ambivalences identitaires. Il y a déjà quelques années que je m’intéresse au Portugal et la question de la biculturalité des é/immigrés m’a toujours taraudée, au même titre que l’absence d’intérêts des Portugais pour leur propre cinéma – enfin du nouveau dans ces domaines ! Enfin un film sur cette « immigration silencieuse » qui captive les premiers concernés !
Portée par l’effervescence qu’a créée ce film sur les réseaux sociaux, je suis entrée dans la salle de cinéma pleine d’entrain… et j’en suis ressortie sur ma faim. Outre certaines lourdeurs incontournables pour ce genre de comédie, La Cage Dorée m’a donné la sensation désagréable d’un film indulgent avec lui-même, comptant plus sur l’identification du spectateur que sur une réelle qualité cinématographique. Je pense par exemple à la construction des personnages, dont j’ai trouvé les réactions parfois incohérentes. Finalement, les questions qui m’intéressent n’y sont abordées que de manière binaire et superficielle. On oscille entre « partir » et « rester », sans vraiment aller plus à fond dans l’impact psychologique, identitaire, d’une telle décision, ni vraiment capter le craquement  de l’instant où le rêve de toute une vie, en se réalisant, se révèle être plus une tradition de pensée qu’un réel désir.
Mais quelle idée aussi, d’attendre d’une comédie familiale qu’elle questionne en profondeur les (auto)représentations multiples d’une immigration déchirée… Qu’elle interroge les enjeux de ces valeurs suprêmes héritées du salazarisme, « être travailleur et gentil », citées à plusieurs reprises par ces personnages qui ont pourtant cru fuir la dictature. Qu’elle étudie la perception qu’a le reste de la société de cette diaspora à la fois bien intégrée et ultra-communautaire, avec plus de subtilité que ce péremptoire « trop bon trop con ». Je suis tout-à-fait prête à admettre que si j’ai été déçue, c’est plus lié à mes expectatives qu’au film en lui-même, mais je ne peux m’empêcher d’y voir un choix de facilité. 
Ceci dit, au-delà de ces prévisibles déceptions, La Cage Dorée est un film divertissant et arrive à point-nommé pour briser un tabou. Mine de rien, j’ai bien ri devant ce film tendre et plein d’autodérision, qui peint un portrait finalement assez juste de cette communauté qui m’est si chère. Mais surtout, j’espère qu’il n’est que le premier d’une longue série de films (plus incisifs) sur ces thèmes…


Morgane Masterman (**)

(*) Mickaël C. de Oliveira nasceu em 1989 nos subúrbios parisienses. Mestre em Estudos Portugueses e Lusófonos pela Universidade Paris Sorbonne Paris-IV, sempre teve como objetivo a divulgação de artistas portugueses emergentes ou simplesmente não conhecidos. Mickaël C. de  Oliveira é escritor e colabora para o Lusojornal em Paris e para o Blog Estudos Lusófonos.

** Morgane Masterman. Après l'obtention d'une licence en traduction anglais et allemand, Morgane Masterman s'est tournée vers les pays de langues portugaise avec un master en LLCE Études Romanes qu'elle a consacré à l'étude de l'auteur lisboète Mário Dionísio. Juste après la validation de ce master, elle est partie pour Lisbonne envoyée par l'AITEC (Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs) en tant que volontaire au sein de l'UMAR (União de Mulheres Alternativa e Resposta) et du collectif Habita (collectif pour le droit au logement et le droit à la ville). Consultez son article pour le Blog Etudes Lusophones : Santa Filomena

3 comentários:

  1. Félicitations pour votre article.
    Vos critiques résument parfaitement ce que je pense de la communauté portugaise et la référence à la "diaspora à la fois bien intégrée et ultra-communautaire" m'a particulièrement frappé, car elle est vraiment juste!

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  2. Je vous trouve dure avec ce film. Il est vrai que des sous-titres supplémentaires auraient été utile pour que tout le monde comprenne.
    Je fais parti de la génération née en France et M. de Oliveira je ne suis pas avec une Portugaise et presque aucun de mes cousin/cousines ne sont avec des Portugais(es).
    Ce film m'a fait rire, m'a ému, il m'a touché au plus profond. J'ai vu mes parents pleurés (et ils ne sont ni maçons, ni concierges) et toutes les personnes de mon entourage ont eu la même réaction. C'est un film qui plaira à tout le monde. Le Français passera un bon moment, celui qui côtoie la communauté Portugaise l'appréciera encore plus. Les Portugais ou fils de Portugais seront émus et n'auront qu'une envie...revoir ce super film.
    Gabriel

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  3. Je suis tout à fait d'accord avec Gabriel ! Au-delà des clichés et lieux communs que l'on peut retrouver dans le film, demeurent les caractéristiques des Portugais ayant émigré en France : la nostalgie de leur terre natale (la fameuse 'saudade', terme intraduisible en français mais qui introduit une notion de 'manque') ; le courage d'avoir quitté cette terre pour une vie meilleure ; l'humilité nécessaire pour s'adapter à un nouvel environnement, voire une nouvelle patrie ; la forte communautarité et le sens de la famille qui leuur son propre et enfin, le souci de transmettre ses valeurs à leurs enfants, nés en France.

    Enfin, un peu d'indulgence pour Ruben Alves qui en est à son premier essai et qui a sans doute voulu, par ce film, rendre hommage à ses parents et en même temps à cette belle communauté portugaise...
    Elisabeth (lusodescendante et fière de l'être)

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