segunda-feira, 15 de abril de 2013

Trafiquants et terroristes littéraires


@Yara Haddad
Trafiquants et terroristes littéraires

Mickaël C. de Oliveira (*)

Le vendredi 22 mars, les écrivains de la nouvelle scène littéraire brésilienne Rodrigo Ciríaco et Ferréz étaient pour la première fois invités en France. Passés par l’Université de Poitiers, l’Université Paris-Sorbonne, et présents au salon du livre, le LusoJornal a eu la chance de les rencontrer à la Sorbonne, lors d’un atelier d’écriture organisé par le professeur Leonardo Tonus et l’éditrice Paula Anacaona. Au cours des deux premières heures, les deux auteurs ont donné quelques conseils aux étudiants avant de se lancer dans l’écriture : ne pas écrire dans l’optique de pouvoir vivre un jour de ses écrits, ne pas faire attention aux critiques venant de proches ou de la famille sur sa façon d’écrire, penser avant tout à capter le lecteur dès les premières lignes, les premières secondes et surtout, penser au rythme, à la vitesse de l’écriture


@Yara Haddad

Ils ont également beaucoup insisté sur le fait que l’Université n’est pas une nécessité lorsque l’on désire devenir écrivain… De là ont également découlé les autres thèmes de ces deux auteurs de la périphérie de São Paulo, l’un professeur, poète, slammeur (R. Ciríaco) qui ose même le sweat Sou Traficante en plein salon du livre, l’autre se disant Terroriste littéraire (Ferréz), et n’hésitant pas à dépeindre un portrait très lourd de la société brésilienne, notamment des écrivains dits « majeurs », complètement déconnectés de la réalité du pays, de leur quotidien à eux, qu’ils soient professeur ou leader communautaire d’une favela de São Paulo. Ciríaco a d’ailleurs souligné sa volonté d’utiliser l’écriture et la poésie à bon escient, comme une catharsis, comme pour faire partager les blessures qu’il a enfouies en lui, pour mieux s’en défaire, s’en éloigner. « Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous », citera l’écrivain rappelant Kafka. 


@Yara Haddad
Mais c’est véritablement dans la dernière partie de la conférence que les choses vont prendre une autre tournure. Exits les conseils d’écriture, donnés assis sur une chaise, calmement, comme si tout était rose au Brésil. Après la pause repas, en effet, une énième remarque de Ciríaco énerve pour de bon Ferréz. Il se lève, monte les escaliers de l’amphithéâtre furieux, en direction de la sortie, sous les yeux désespérés de son éditrice Paula Anacaona. Comme elle, tout le monde est tombé dedans. Avant que le masque ne tombe enfin, Ferréz prenant la parole et déversant toute sa haine dans la salle, déconnecté de la réalité, de la nôtre, obsédé par la sienne, sa réalité. Ils le mentionneront d’ailleurs plusieurs fois pendant la conférence : Paris c’est bien, mais leur tête est là-bas. Comme dans toutes les battles, Ciríaco refusera de rester de marbre et répondra « com a mesma moeda » à son adversaire d’un soir. « Eu vendo pó, pó, poesia. » Il racontera ensuite qu’il a à plusieurs reprises été embêté par la police lors de la Foire Internationale du Livre à Paraty (FLIP) après avoir récité cette poésie… 


@Yara Haddad

D’un côté comme de l’autre, rien n’est tabou : on vise les professeurs et étudiants présents dans la salle, on leur tire dessus, on reprend les gestes du trafiquant, et on les rend poétiques. Parce qu’au fond, la poésie sert aussi à dénaturer la violence du quotidien, à la déconstruire pour mieux la rebâtir. Le rythme, la tension, tout était là. La salle est conquise malgré quelques sursauts. Elle n’a qu’une hâte, courir acheter les livres de ces deux poètes modernes, disponibles en français et en portugais, sur le site internet des Editions Anacaona (http://www.anacaona.fr). A la Sorbonne en tous cas, des conférences comme ça, on en redemande…

Texte publié dans Lusojornal : 03 avril 2013

Consultez les autres articles de Mickaël C. de Oliveira sur le lien : Culturas Urbanas.

Photos réalisées par Yara Haddad - étudiante en 2ème année de portugais LLCE - Université Paris-Sorbonne.

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