segunda-feira, 26 de novembro de 2012

Clarice Lispector : Água Viva


Le blog Etudes Lusophones a rencontré Gabriella Scheer, actrice et metteur en scène du spectacle Água Viva à l’affiche  les 4 et 5 décembre 2012 à l’Espace Culturel Bertin Poirée  (Paris)

           
Votre parcours ?
Je suis née à Rio de Janeiro, où j’ai suivi des cours de danse classique. Puis j’ai quitté le Brésil, avec ma famille à l’époque de la dictature militaire. Et comme mon père était d’origine allemande, nous nous sommes installés en Allemagne. C’est là que j’ai découvert le théâtre. À Munich, j’ai suivi les cours de l’Ecole d’Art dramatique et j’ai travaillé avec Lee Strassberg à l’occasion d’un stage. Ensuite, j’ai été amenée à voyager pour exercer mon métier et j’ai progressivement senti que Paris était la ville qui me convenait le mieux. J’y vis maintenant.
Pendant longtemps, j’ai joué des pièces du répertoire allemand, russe, français et anglais. Je n’avais jamais travaillé sur des textes brésiliens. Or, en tant qu’actrice, je pense que la diffusion d’une littérature passe, aussi, par la parole et non seulement par des livres. C’est pour cette raison  j'ai créé le projet  "Scènes brésiliennes". J’ai eu envie de faire partager mon goût pour des auteurs brésilien peu connus en France, en traduisant un certain nombre de textes classiques, et, surtout, en les jouant sur scène.  Quel plaisir de rendre les rythmes de la langue portugaise, à la fois au travers de mes traductions et de mes spectacles !

Votre rencontre avec Clarice Lispector ?
La véritable découverte de la littérature brésilienne et ma rencontre avec l’écriture de Clarice Lispector s’est produite au Salon du Livre à Paris en 1998, lorsque le Brésil a été l’invité d’honneur. Ce fut un tel « coup de foudre » que l’année suivante je présentais mon premier spectacle issu du projet « Scènes Brésiliennes » que je venais de créer. Il s’agissait d’« Eclats des femmes », pièce écrite d’après trois auteurs brésiliens : Machado de Assis, Cecília Meireles et Clarice Lispector. J’ai joué cette pièce pour la première fois au Petit Théâtre du Salon du Livre de l’année suivante, grâce au soutien l’Institut Camões !


Comment définissez-vous L’univers de Clarice Lispector ?
L’univers et l’écriture de Clarice Lispector m’attirent énormément par leurs côtés novateurs. Clarice est souvent considérée comme un auteur difficile et compliqué, alors qu’elle écrit  à cause de son profond vouloir parler. Son langage change, selon les thèmes qu’elle aborde. Il y a plusieurs voix dans Clarice et cela consiste un attrait majeur pour tout acteur ! Clarice écrit avec des accents cariocas, nordestins, yiddish, russes, suisses, français, italiens Chez Clarice Lispector, il y a une profonde réflexion sur la condition humaine à partir de son intuition sur les choses cachées dans la nature ;  ces choses qui font partie intégrante de notre quotidien mais que nous faisons semblant d’ignorer, par peur, par intérêt, par paresse, par convenance…chez Clarice il y a cette volonté de rendre « l’œuf » visible, de découvrir les entrelignes – voilà ce qui m’intéresse chez cet écrivain!

Les défis du texte lispectorien pour un acteur et un metteur en scène ?
Le grand défi de la mise en scène des textes de Clarice, est de réussir à transmettre, par la voix et le jeu, l’intuition, la sensibilité, la respiration de son écriture. C’est de trouver le mouvement correspondant. Mes mises en scène se font  souvent en lisant et relisant ses textes, en les laissant « s’incorporer » eux-mêmes de la façon plus adéquate. Clarice écrit de façon très visuelle et cinématographique, ce qui confère à ses histoires cette atmosphère particulière. C’est à partir de cette atmosphère que j’élabore la scénographie, les costumes, la musique ou le bruitage de mes spectacles. Mon plaisir est, ainsi, de pouvoir transmettre tout ce que j’apprends à travers ses textes,  si variés. Le meilleur compliment pour moi c’est quand les gens me disent : « maintenant j’ai vraiment envie de lire Clarice Lispector ». Et, aussi, quand ils me disent que, finalement, elle n’est pas si difficile. Ceux qui la découvrent ont très souvent le même « coup de foudre », ce qui montre combien ses textes sont actuels !

Pourquoi Água viva ?
Cela fait des années que je fais des yeux doux à Agua Viva. J’avais déjà utilisé des extraits de ce texte dans d’autres mises en scène (Une Personne  ou Aller  Vers) ….Lors du colloque sur Clarice Lispector, organisé par l’Université de la Sorbonne en 2011, j’ai présenté une ébauche de ce spectacle écrit uniquement à partir  d’Água Viva. Ensuite, il a été programmé au Festival Vénézuelien de Paris et, maintenant, au Centre Culturel franco-japonais Bertin Poirée ! Décidément Clarice n’a pas de frontières ! C’est pratiquement une première, puisque je n’ai joué ce spectacle qu’une seule fois et il est encore « en mouvement » …

Propos recueillis par Leonardo Tonus



Água Viva  de Clarice Lispector
concéption et interprétation  Gabriella Scheer

Mardi, le 4 et Mercredi, le 5 décembre à 20:30H
Espace Culturel Bertin Poirée
8-10, rue Bertin Poirée , 75001 Paris
M° : Châtelet

rés. : 01 44 76 06 06 ou ecbp@tenri-paris.com
réservation fort conseillée, places limitées


On ne comprend pas la musique : on l’écoute.
Ecoute-moi alors avec ton corps entier. 
Clarice Lispector


Une femme peintre échange ses traits de pinceau pour des traits de lettres et avec lucidité et instinct entame un récit fragmenté d’instants-là  adressé à un homme. Entre confidence, délire et séduction elle lui parle dans un langage richement métaphorique des perceptions  autres  de la vie et de l’amour.

En portugais água viva veut dire la méduse, cet animal marin aux multiples tentacules qui se meut dans l’eau au gré des courants. Et c’est avec cette liberté et cette intuition que la femme écrit et parle à son amant, se laissant aller au gré « des instants qui s’écoulent dans l’air que je respire ».
Il n’y a pas d’histoire, pas de début, ni fin, il n’y a que des instants : les« instants-là » d’une femme peintre qui sent « maintenant la nécessité des mots ».  En échangeant ses traits de pinceau pour des traits de lettres, elle entame avec lucidité et instinct un récit fragmenté d’ « instants-là » adressé à un homme.
Inventant un langage richement métaphorique qui s’exprime par des néologismes et des constructions innovatrices, elle cherche « derrière ce qui est derrière la pensée » et entre confidence, délire et séduction propose des perceptions « autres » de la vie et de l’amour.
En effaçant de plus en plus les frontières entre la logique et l’instinctif, marchant « sur une corde raide jusqu’à la limite de mon rêve »,  la femme transforme son quotidien en une commémoration de « tout ce qui intensément EST ».

Malgré son apparence abstraite ce texte nous touche parce qu’il évoque des sensations, des pensées latentes en nous, mais que nous préférons esquiver pour ne pas remettre en question notre modus vivendi.
Le conformisme à un « mode d’emploi de vivre » dicté par des paramètres de société est transcendé par la femme en un « allegro con brio » de vainqueur de vie, car elle transforme, d’un instant à l’autre, l’espace réel, les objets, les actions quotidiennes, en grandioses détournements de questionnement sur le sens de l’existence et de la vie, où la subjectivité l’emporte sur les faits.

« Je ne veux pas la terrible limitation de qui vit seulement de ce qui est susceptible d’avoir un sens. Pas moi : ce que je veux c’est une vérité inventée ».

L’enjeu de la mise en scène est d’animer ces intuitions multiples que nous pouvons avoir de ce que nous appelons la vie, - si difficiles à définir en mots et qui pourtant font partie du mystère de notre condition humaine -, en cherchant l’équilibre entre la parole, le corps et le silence … des entrelignes. Le défi de la traduction est de transposer les innovations linguistiques en langue française.

La scénographie de ce spectacle propose un espace dans lequel la femme peintre vit et écrit. Le décor simple est constitué d’une table, d’une chaise, d’un tas de papier, d’une boule de verre taillée à la façon d’un diamant, de fleurs d’ail séchées, et de quelques autres objets de son quotidien. Elle se sert de ces objets pour évoquer « autre chose ».

Gabriella Scheer. 

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