terça-feira, 24 de janeiro de 2012

Les enjeux de l’interculturalité pour la restitution du sens dans le processus traduisant


Conférence
par
Catherine Leterrier
Lectrice de Portugais à Paris-Sorbonne

Le Mardi 7 février à 15h30, salle 22
Institut Hispanique
31 rue Gay Lussac 75005 Paris


Les enjeux de l’interculturalité pour la restitution du sens
dans le processus traduisant
«Le traducteur est un passeur qui connaît bien les deux rives avec toutes leurs différences et qui fait passer de l’une à l’autre sans écueil et sans noyade, mais avec enchantement», a écrit Michel Plourde (Traduire, 1983). Le traducteur me semble être davantage qu’une passerelle entre deux rives : il s’imprègne de la langue de départ parce qu’il est imprégné de la culture dont cette langue est le véhicule. Il est capable de retranscrire dans la langue d’arrivée parce qu’il est imprégné de la culture dont cette dernière est le véhicule. Le rapport au monde que ce biculturalisme peut offrir est facilité par un vécu spécifique - souvent dès l’enfance ; il est renforcé ultérieurement par une pratique de la diversité, chez les professionnels de la traduction. Cet état mental, d’ouverture, se retrouve certes chez le traducteur non professionnel qui peut être motivé par l’envie de transmettre une passion pour un texte - à priori en «langue étrangère» -, qu’il voudra partager avec des personnes de sa culture. Ce n’est pas pour autant que tous ont l’habileté de traduire, c’est à dire, de transposer le message dans la langue d’arrivée de la façon dont l’aurait exprimé un natif de cette dernière si c’était lui qui l’avait écrit au départ.
La capacité à sentir le sens profond au-delà des mots est ce qui fait la richesse de l’activité traduisante et la justifie pleinement. Si l’on reprend les propos de Leibniz pour qui «les mots servent à représenter, et même à expliquer les idées» (Opera philosophica quae exstant Latina Gallica Germanica omnia ..., Vol. 1, 1840), il s’agit de saisir le «non-dit». Les nuances, les redites intentionnelles, les précisions voulues - autant d’éléments où les professionnels font la différence. Alors, qu’est-ce qui fait la spécificité (et la compétence) de l’opération traduisante ? Je dirais que c’est la capacité à s’imprégner de l’autre en s’oubliant, ce qui permet de traduire des pensées parfois exprimées de façon obscure pour le traducteur alors que, pour son lecteur, ce sera son pain quotidien.
Le traducteur s’oubliera le temps d’absorber l’autre et sa différence, dans une sorte de jeu de rôle où il devient autrui. Il s’oubliera également, et c’est ce qui fait aussi la différence entre un professionnel et un non-professionnel, le temps d’aller vers son lecteur en recourant à une formulation que ce dernier s’attend à retrouver, dans le contexte d’élaboration du texte. Aucun logiciel ne parviendra à ce degré d’appréhension du non-dit. Par contre, les outils électroniques modernes font gagner un temps considérable, dès lors qu’il s’agit de faire la recherche nécessaire à toute traduction, en amont : contrairement aux idées reçues, il ne s’agit pas seulement de se documenter sur les expressions de la langue de départ, mais plutôt, d’aller lire dans la langue d’arrivée ce qu’ont écrit les experts sur le sujet en question - en s’imprégnant de leur terminologie, certes, mais également de leur style et de leurs références conceptuelles, pour se familiariser avec le rendu du sujet à traduire.
Internet, par sa gratuité, offre la mise à disposition de tous d’un accès facilité aux travaux menés sur le sujet en question : est-ce pour autant que nous gérons correctement ce formidable outil, lorsque l’extrême diversité des supports nous interpelle sur le choix à opérer ?Les universitaires sont rompus aux techniques de la recherche à partir de sources fiables : les traducteurs professionnels également. Dans les cursus de formation à la traduction, une sensibilisation à l’exigence de rigueur que suppose la recherche est fondamentale. Et dans l’enseignement de cette discipline à part entière qu’est la traduction, il est important de rappeler l’intérêt de connaître une langue qui est toujours plurielle, pleine de nuances et de couleurs, riche de communautés avec des cultures et des traces communes, mais aussi des voies différentes et des devenirs en chassé croisé.
Il y a de la sorte transmission de l’expérience, mais aussi, sensibilisation à la difficulté de la tâche dans une société qui avance de plus en plus vite, et où presque tout un chacun peut s’auto-proclamer traducteur. Travailler des textes d’autre nature interpelle les étudiants sur des patrimoines et des vécus, et ouvre la possibilité de mettre l’accent sur la langue comme culture vécue, croisement de différences, véhicule de l’histoire et de l’avenir, enfin. Enseigner cet exercice carrefour qu’est la traduction permet d’attirer l’attention des étudiants sur le sens des distinctions, des apports, des différences actuelles, des fonds communs ayant évolué… des enrichissements, en somme.
Dans le processus traduisant, c’est bien d’interculturalité qu’il s’agit, entendue comme le passage d’une culture à une autre par le truchement des mots, véhicules de sens : un défi qui suppose une connaissance approfondie des langues travaillées, comprises comme l’expression du regard qu’elles portent sur le monde - un regard, par définition, riche de diversité.   

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