segunda-feira, 14 de fevereiro de 2011

L’Histoire selon Agustina Bessa-Luís


Séminaires Doctorants
28 Fevrier 2011


 L’Histoire selon Agustina Bessa-Luís
Alda Maria Lentina

A l’exemple de bon nombre d’auteurs contemporains, Agustina Bessa-Luís (1922-) s’intéresse à la réécriture de l’Histoire et, en particulier, à celle de l’Histoire de la Nation portugaise. Pourtant, lorsque cette écrivaine réécrit l’Histoire elle semble être guidée par une volonté opiniâtre, affirmée au fur et à mesure de ses fictions historiographiques, celle d’effectuer un retour sur l’un des points aveugles de l’historiographie. En effet, quand Agustina Bessa-Luís conclut l’un de ses romans, en disant « Mais juger les femmes est une vaine entreprise, car elles ne sont que mémoires et non culpabilités. » (API, p. 215), elle revient sur l’un des problèmes de la constitution d’une Histoire des femmes. Ainsi, comme le remarque l’historienne Michelle Perrot, s’attaquer à l’Histoire des femmes c’est, constater d’abord « le manque d’informations concrètes et circonstanciées [qui] contraste avec l’abondance des discours et proliférations des images », mais aussi « se heurter à [un] bloc de représentations », car elles sont « imaginées beaucoup plus que décrites ou racontées ».
Dans ces conditions, et puisque « nous n’avons accès au passé qu’à travers ses textes » (L. Hutcheon), rien d’étonnant à ce que Agustina Bessa-Luís, commence par réinvestir, en premier lieu, « ces discours » produits par l’historiographie officielle. Ainsi, c’est en établissant une relation intertextuelle très étroite avec d’autres textes, notamment des sources historiographiques aussi bien que littéraires, qu’elle étaye sa reconstitution historique. Or, cette « coprésence » (Genette), entre le discours d’autrui et celui de la narratrice, finit par provoquer des « dé-lectures » (Jonathan Culler), aussi bien conflictuelles qu’émancipatrices. Dans ses romans, le travail des citations met à nu les chaînes de répétitions, mais aussi les distorsions contenues dans les textes officiels, révélant en définitive la dimension fortement « phallocentrique » des discours qui construisent l’Histoire officielle.
Ce mouvement émancipatoire ouvre la brèche pour laisser entrevoir, dans l’historiographie officielle, un « ordre du discours » du Même, qui « contrôle, sélectionne, organise et redistribue » (Michel Foucault), présidant à la production d’une « fiction dominante » (Jacques Rancière), œuvrant principalement à neutraliser le discours de l’Autre (la femme). C’est en effet en déjouant une sorte « polyphonie identitaire » (Anna Klobucka) masculine que s’engage une « retraversée du discours » (Luce Irigaray) destinée à réintroduire l’expérience féminine dans l’Histoire portugaise.
Or, la constitution de cette “Herstory” (s’opposant à “His-story”), passe aussi chez Agustina Bessa-Luís par la déconstruction de ce qui est au cœur de la représentation des femmes dans la société et dans l’Histoire. En effet, l’une des manières ultimes de faire entrer les femmes dans une « Histoire différente » est de déconstruire les images qui fondent historiquement la figuration du féminin. Ainsi, les fictions de la romancière n’ont de cesse de questionner l’identité féminine, tout d’abord en réévaluant les modèles de féminité imposés : mère, épouse ou prostituée. Puis, elles envisagent la féminité comme une mascarade, une sorte de « performance » (J. Butler) passant par la beauté et la passivité. C’est à travers ces diverses problématisations de l’Histoire que l’œuvre d’Agustina Bessa-Luís réussit le tour de force de remodeler le visage des femmes, protéiforme mais persistant, et de refléter les préoccupations actuelles des femmes.
16h00-17h30
Institut d’Etudes Ibériques
31, rue Gay Lussac
75005 Paris

3 comentários:

  1. Agustina Bessa Luis est un phenomène littéraire au portugal. Son ecriture ressemble un peu à celle de Proust, mais seulement dans la forme. Au niveau du developpement de l'intrigue elle est vraiment cahotique. Elle perd facilement
    le contrôle de l'histoire q'elle s'est proposée de racconter.
    Patricio Branco

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  2. Cést le moment exacte de proposer Agustina pour le Nobel. Ce nést pas important de le recevoir, mais cést important de l´atribuer.

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  3. Agustina Bessa-Luis (15 de out de 1922) Parabéns!

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